INTERVIEW DE PHILIPPE BERNAT-SALLES

Publié le 17.12.2013

A l'occasion de sa venue en Bretagne pour assister demain au match Cesson-Rennes / Sélestat, le Président de la LNH, Philippe Bernat-Salles s’est prêté au jeu des questions-réponses sur l’évolution du handball professionnel.

Lorsque l’on voit la professionnalisation du handball et du rugby (sport duquel vous venez), peut-on faire un parallèle sur l’évolution de ces 2 disciplines ?
Il est toujours difficile de faire des comparaisons et des parallèles, néanmoins, on peut souligner que les deux sports se sont rapidement professionnalisés avec des clubs de plus en plus structurés, des joueurs parmi les meilleurs du monde qui évoluent dans les championnats respectifs, des affluences qui ont sensiblement augmenté et plus généralement un intérêt décuplé du grand public. Par ailleurs, je suis passé d’un univers à un autre parce que je trouvais dans le handball des valeurs qui m’étaient chères dans le rugby. J’ai vécu la professionnalisation du rugby de l’intérieur dans ma carrière. C’est une phase très positive. Mais il faudra rester attentif à préserver ce qui fait la différence du handball quand on l’explique aux enfants, ou quand on le présente au grand public et aux partenaires privés : la grande disponibilité de nos joueurs pour les spectateurs, leur simplicité et leur générosité. Ce sont de vrais atouts, y compris pour notre développement économique, car cela ouvre de réelles opportunités pour nombre d’annonceurs. Il est incontestable que le rugby reste le sport numéro 2 en France : son niveau de maturité et les chiffres dont on entend parler, notamment en matière de valorisation des droits TV le place dans une autre dimension. Le parallèle est difficile à établir. Mais nous sommes selon moi juste derrière, à la 3ème place des sports collectifs en France.

La réussite du Hand Star Game démontre-t-elle la volonté de la LNH de faire du handball le n°1 du sport spectacle en France ?
Il est important de le souligner : en effet, la première édition du Hand Star Game a été un succès, avec plus de 9 000 spectateurs et 350 VIP. Ce nouvel événement dans la saison, amené à s’installer dans le calendrier, répond à différents objectifs. Tout d’abord faire la fête aux joueurs et avec les supporters. En cela, cet événement est fidèle aux valeurs que le handball porte : nos stars, aussi médiatiques soient-elles, restent accessibles, proches et généreuses. Le Hand Star Game a également pour but d’amener notre sport à un public de non-initiés ; c’est pour cela qu’il s’est déroulé à Bercy, avec sa grande capacité d’accueil, et qu’il a été diffusé sur L’Equipe 21, seule chaîne de sport gratuite en France. Nous souhaitons montrer, à travers ce grand spectacle fait d’un match débridé et de concours relevés, à tout un public ce qu’il peut voir chaque semaine dans les salles de D1. Evidemment, le show en fait partie.

De nos jours la médiatisation est essentielle au développement d’une discipline, l’évolution des droits TV est-elle la priorité de la LNH ? Ce qui se passe entre Canal+ et la LNR peut-il être un avantage pour la handball ?
Oui c’est vrai, les médias sont des partenaires importants dans notre développement, la TV en particulier. L’évolution du montant des droits TV est donc une priorité mais la qualité de traitement et la couverture sont primordiales également. Nous réfléchissons actuellement à la meilleure façon d’apporter le handball aux téléspectateurs. Il faut en parallèle augmenter le montant de nos droits audiovisuels pour renforcer le développement de la LNH et des clubs professionnels. Nous sommes attentifs et étudions les meilleures solutions pour valoriser le handball en TV, ce qui veut dire plus d’images, plus de promotion. Seul l’avenir nous dira si le rugby peut indirectement nous aider dans cette voie.

En 4 ans le championnat a beaucoup évolué, il devient de plus en plus disputé, comment expliquez-vous cela ?
L’afflux récent des internationaux français et étrangers dans notre championnat de D1 ne s’est pas cristallisé sur 1 ou 2 clubs. En ce sens, les clubs ont réalisé un travail de fond pour bénéficier de cette nouvelle donne et étoffer leurs effectifs. C’est l’ensemble de la D1 qui a progressé ces dernières saisons. Malgré tout, il est vrai qu’il existe des locomotives ( Dunkerque Handball Grand Littoral ou PSG Handball pour ne citer que les deux premiers du classement au 17 décembre) et que chaque équipe, chaque joueur, est surmotivé à l’idée de s’y frotter. Désormais dans le handball, peut être plus qu’ailleurs, il n’y a plus de petites équipes ni de victoires faciles. Le public peut s’en réjouir, tout comme les dirigeants et les joueurs à qui la concurrence bénéficie, puisqu’elle les stimule et les motive chaque journée. Ce soir, je suis sûr qu’on assistera encore à un match disputé à l’image du classement actuel de la D1.

Quels sont les prochains objectifs de la LNH ?
Les perspectives et les ambitions de développement de la LNH sous 3 - 4 ans sont clairement identifiées. Il s’agira dans ce laps de temps, pour pouvoir rejoindre puis dépasser la Bundesliga, de continuer les efforts d’accompagnement des clubs dans leur développement marketing et commercial et de les soutenir dans leur maturation. Il faudra surtout travailler ensemble à l’optimisation des recettes, qu’elles viennent des droits TV, du sponsoring, de la billetterie ou autre. Nous nous attacherons également à développer la notoriété de la LNH et la visibilité des compétitions, notamment en télévision. Une réflexion sur l’appellation et les formats des compétitions va s’ouvrir dans cet optique. Enfin, la LNH continuera de collaborer au mieux avec la Fédération Française de Handball pour travailler sur des sujets sportifs de fonds, comme entre autre l’intégration de la Pro D2 en LNH.